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Dr Malick DIOP, DG de l'ASEPEX : « L'Etat du Sénégal travaille à une augmentation continue et pérenne des exportations »

~~INTERVIEW

Propos recueillis par Mamadou GUEYE (LE SOLEIL)

Le Directeur général de l'Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex) explique l'augmentation des exportations par la vision définie par le chef de l'État et les stratégies mises en oeuvre pour réaliser ces bons résultats. Dans cet entretien, Dr Malick Diop revient sur la démarche, les actions et les perspectives pour inscrire cette croissance dans la durée afin de rééquilibrer, de manière définitive, la balance commerciale du Sénégal.

En 2017, les exportations ont augmenté de près de 9% par rapport à 2016. Qu'est-ce qui explique cette hausse ?

Cette hausse n'est pas arrivée ex nihilo. Le Sénégal fonctionne sur la base d'une planification stratégique, bien réfléchie et basée sur la vision du Président Macky Sall qui a lancé, au début de son mandat, le Plan Sénégal émergent où découlent toutes les politiques publiques du Sénégal. Aujourd'hui, toute politique publique est fondée sur la base d'un diagnostic, d'une identification des priorités, d'une analyse stratégique des priorités et une mise en œuvre élaborée. Le Plan Sénégal émergent, dans son volet économique, prend en charge la transformation structurelle de l'économie ; les investissements dans les secteurs à haute valeur ajoutée et qui sont des moteurs d'exportation. Nous avons travaillé sur les plans conjoncturel et structurel favorisant un élan de rééquilibrage de la balance commerciale.

Concrètement, qu'est-ce qui a été fait ?

En 2013, nous avons lancé le plan stratégique de développement des exportations. L'Agence sénégalaise de développement des exportations qui a piloté la confection de ce plan stratégique, a travaillé avec le secteur privé exportateur, le patronat, différents ministères (Commerce, Finance, Agriculture, Affaires étrangères, Pêche, Artisanat, Mines, Tic, etc.). Nous avons également travaillé avec les représentations diplomatiques sénégalaises dans le monde, les chefs de bureaux économiques répartis dans treize pays. Nous avons également travaillé avec les producteurs-exportateurs. Ces acteurs ont identifié et diagnostiqué les différents problèmes liés aux exportations qui faisaient que, chaque année, il y avait une baisse des exportations et ce qu'il fallait faire pour les booster. A l'issue des discussions, quatre axes stratégiques ont été retenus. Le premier axe stratégique, c'est l'amélioration de l'offre exportable. Quand on veut gagner des parts de marché à l'étranger, il faut exporter la qualité. Et nous avons travaillé pour que les chaînes de valeurs deviennent une réalité en suivant la production sénégalaise exportable du début à la fin.

Nous avons déroulé cette politique depuis cinq ans. Le deuxième axe a consisté à la maîtrise du marché extérieur qui a permis une meilleure connaissance de celui-ci. Nous nous sommes posés également un certain nombre de questions. Qu'est-ce que les importateurs veulent ? Qu'est-ce que les exportateurs sénégalais peuvent offrir pour gagner davantage de parts de marché ? Comment faciliter l'accès aux marchés extérieurs ? Nous avons participé à beaucoup de forums économiques, de salons professionnels, de foires et d'expositions. A chacune de ces rencontres, nous amenons des entreprises sénégalaises pour leur permettre d'avoir des relations directes avec les entreprises étrangères importatrices. L'ensemble de ces éléments nous a permis de mieux maîtriser la demande. Et celle-ci représente trois milliards de consommateurs étrangers. Nous avons identifié ces marchés et les exportateurs sénégalais peuvent exporter dans ces pays sans droits de douane. Le Sénégal a signé des préférences commerciales presque partout dans le monde. C'est le cas de l'Agoa avec les États-Unis, des systèmes généraux de préférence au Canada, en Chine, au Japon, en Inde. C'est également le cas de la zone Uemoa-Cedeao avec le Tarif extérieur commun, de l'Union européenne avec l'initiative tout sauf les armes. Le troisième axe stratégique, c'est la labellisation. Nous avons travaillé sur le made in Sénégal. Par exemple, la mangue sénégalaise est labellisée et elle est reconnue et recherchée. Le quatrième axe stratégique concerne l'amélioration du pilotage de la politique des exportations sénégalaises. Cette politique est basée sur un pilotage orientée avec une agence d'exécution de l'État : l'Asepex qui a l'exclusivité de la mise en œuvre de la politique sénégalaise de développement et de promotion des exportations. Un travail de synergie avec tous les acteurs, c'est-à-dire les agences et les structures de l'État qui ont en charge l'appui aux entreprises et entrepreneurs sénégalais tels que l'Adepme, le Bureau de Mise à niveau, la Bnde, le Fonsis le Fongip, le Faise, la Délégation à l'entrepreneuriat rapide a été fait. Grâce à ce schéma, chacun sait ce qu'il doit faire.

Quels sont les secteurs qui ont porté cette croissance ?

Tous les secteurs de l'activité économique portent cette croissance. Bien entendu, nous pouvons en distinguer quelques uns qui ont donné de bons résultats. Il y a, par exemple, la pêche qui donne d'excellents résultats avec 204 milliards de FCfa. Ce secteur nous donne entière satisfaction et nous exportons beaucoup de poissons nobles vers l'Europe, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, etc. Ce secteur est important puisqu'il fait travailler 600.000 Sénégalais. Cela montre que les politiques publiques qui sont en train d'être déroulées touchent les Sénégalais de manière directe. Les ménages ont, aujourd'hui, plus d'argent, plus de capacité à dépenser. Le secteur agricole a donné également de bons résultats. Les exportations d'arachide atteignent 300.000 tonnes par an. Il y a également les produits agricoles transformés, les jus locaux, les produits cosmétiques avec le karité, l'huile de baobab. L'horticulture a battu tous les records avec 106.000 tonnes (la mangue, la courge, le haricot vert, l'oignon, le melon). Toutes ces filières donnent d'excellents résultats. Il y a les Tic, le ciment, le zircon, l'or non monétaire, l'artisanat (textile, cuirs et peaux), etc.

 
Malgré l'accompagnement de l'État, le potentiel n'est pas pleinement exploité. Que fait l'Asepex pour élargir l'offre de produits exportables ?

Le potentiel est énorme. Je donne toujours l'exemple de la mangue sénégalaise. Au lancement du plan stratégique, nous étions à 8.500 tonnes d'exportations de mangue. Aujourd'hui, nous sommes à 17.000 tonnes. Cela signifie que les exportations ont doublé. Malgré ce bond, il reste 150.000 tonnes sur lesquelles, au moins, 36.000 tonnes sont exportables. Notre objectif, c'est de mieux exploiter ce potentiel pour arriver à ces 36.000 tonnes à l'exportation. Le potentiel est également énorme pour les produits agricoles. Il y a les ressources minérales avec le pétrole et le gaz. De manière structurelle, l'État, à travers le Plan Sénégal émergent, a mis en place des zones économiques spéciales intégrées qui constituent l'un des projets majeurs du chef de l'État. Il s'agit de la zone économique spéciale de Sandiara, celle autour de l'aéroport de Diass, le parc industriel de Diamniadio. L'objectif, c'est de booster l'industrie sénégalaise et ce sont des projets à haute intensité de main d'œuvre. Pour le parc industriel de Diamniadio, par exemple, 80 % de l'espace sont déjà attribués à des investisseurs qui viennent de partout. Ces entreprises doivent exporter 80 % de leur production. De manière structurelle, l'État du Sénégal est en train de travailler à pérenniser les exportations.

Si on prend l'exemple de l'Agoa, 6.400 produits sénégalais sont ouverts au marché américain mais notre pays peine à exporter 100 produits. Comment expliquez-vous cette situation ?

Sur les deux dernières années, nous avons doublé nos exportations vers les États-Unis. Le centre de ressources Agoa se trouve à l'Agence sénégalaise de promotion des exportations et nous y identifions, avec les Américains, comment y aller. Dans le cadre de l'Agoa, nous avons mis en place la stratégie nationale de développement des exportations du Sénégal vers les États-Unis.

Nous sommes l'un des pays parmi les 49 bénéficiaires à avoir une stratégie bien élaborée. Dans le métier des exportations, il faut bien identifier les priorités liées à la production exportable. Si un pays a une préférence commerciale sur 6.400 produits, cela ne signifie que le Sénégal doit obligatoirement exporter ces 6.400 produits. Il ne va exporter que ce qui l'arrange et ce qui permettra à ceux qui sont dans l'exportation de bénéficier des revenus des exportations. Si le Sénégal a fait 1.400 milliards de FCfa d'exportations en 2017. Ces 1400 milliards reviennent aux ménages sénégalais. Dans nos options, nous choisissons les produits à exporter.

Concernant l'artisanat, le potentiel est énorme mais il n'est pas suffisamment valorisé. Qu'est-ce que vous faites pour que les produits artisanaux sénégalais puissent gagner davantage de parts de marché ?

Dans notre plan stratégique, de chaque axe découle un certain nombre de projets. En ce qui concerne l'artisanat, nous travaillons à l'opérationnalisation des consortiums d'entreprises, c'est-a-dire nous regroupons les artisans qui font le même produit en les aidant à produire suivant les normes internationales de qualité. Ainsi, ils pourront honorer les commandes en volume important. Nous travaillons sur cette base qui nous donne d'importants résultats.

Quelles sont les mesures prises pour consolider les acquis ?

Il faut continuer à augmenter l'offre exportable, à pénétrer les marchés étrangers. Nous étions récemment au Salon Fruit logistica à Berlin (Allemagne). Nous travaillons également à pénétrer davantage le marché africain. Récemment, nous sommes allés à la foire de Bamako. Le Mali constitue un important marché pour le Sénégal. Il en est de même de l'Afrique qui constitue 42 % de nos exportations. Nous travaillons également sur de nouveaux marchés comme le marché canadien avec TFO Canada, la Banque islamique de développement. 2018 est l'année des Tic et téléservices et nous sommes en train de travailler sur un projet pour les exportations des produits Tic et téléservices avec l'Union européenne. Nous sommes sur la ligne directrice du Plan Sénégal émergent pour rééquilibrer, de manière définitive, la balance commerciale du Sénégal.

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